samedi 14 novembre 2015

Suite aux attentats de Paris : deuil, interrogations et inquiétude

14 novembre 2015, par Gérard DEVILLE-CAVELIN
Je n'ai pris connaissance des attentats, encore une fois barbares, de Paris que ce matin au réveil. Au-delà du deuil qui frappe toutes les victimes et leurs familles ainsi que le pays tout entier, nous devons écouter les réactions "à chaud" et nous interroger sur leurs conséquences.
La première réaction est la réaction de quasi unanimité sur la nécessaire cohésion nationale pour répondre à ces événements douloureux et, même si c'est une position incontournable, elle a quelques exceptions. En effet quelques "bons Français" tentent de tirer parti de ce choc et par leurs propos de capter des voix aux prochaines échéances électorales. Je ne pense pas qu'ils méritent que nous nous attardions sur une ignominie de plus.
La réaction suivante, issue des responsables politiques, est plus martiale: état d'urgence, riposte militaire et policière. "Nous sommes en guerre et nous la mènerons jusqu'à la victoire". Je comprends bien que les pouvoirs publics veuillent protéger les populations des exactions barbares de certains "fous de Dieu", c'est leur rôle. À la Ligue nous sommes, m'a-t-il semblé, pacifistes comme Jean Jaurès qui a de toutes ses forces lutté contre le déclenchement du premier conflit mondial et l'a payé de sa vie. Nous connaissons et, pour certains pratiquons, aussi la philosophie de la non-violence illustrée par le propos "si la violence répond à la violence quand s'arrêtera la violence?". On voit une illustration négative de cette formulation dans le conflit israélo-palestinien qui dure depuis des décennies. Là pour moi se pose la première question. Peut-on lutter contre des fanatiques religieux par la non-violence, qui fait appel au cœur des agresseurs, et le pacifisme qui met en jeu leur raison? Que faire? Personnellement je suis désorienté par cette situation qui appelle des réponses sur le court terme qui, même si ce peut être considéré comme de la légitime défense, sont toutes de nature violente. Que pourrions-nous proposer d'autre?

Les autres réactions que j'ai entendues impliquent plus directement notre action à la Ligue et elles provoquent mon inquiétude. Un propos typique ce matin à la radio : "ça devait arriver avec tous ces migrants qui viennent d'on ne sait où, ou plutôt dont on sait bien d'où ils viennent, et parmi lesquels se cachent forcément des terroristes". Cette attitude qui était déjà assez répandue avant les attentats va encore prospérer, attisée par les ci-devant "bons Français" qui s'en frottent déjà les mains. Cela va conduire légitimement à des pouvoirs de police renforcés mais de ce fait à des contrôles "au faciès" encore plus fréquents. Nous allons devoir être encore plus vigilants et réactifs lorsque nous serons sollicités pour défendre les droits des personnes injustement inquiétées. Et nous devons continuer à militer pour les droits des réfugiés et des migrants. Nous aurons l'occasion de préciser notre action lors de la séance du 3 décembre où nous aurons, je l'espère, un débat constructif et pas seulement avec des gens qui partagent nos opinions.