lundi 27 avril 2015

Nagui dévoile une étude de France 2 sur ses origines : révélateur d'un malaise national Par Pierre Tartakowsky, président de la LDH

Interrogé sur ses origines égyptiennes dans « On n'est pas couché », Nagui a affirmé que France 2 avait réalisé dans le passé un sondage pour savoir si le fait qu' « un Arabe présente une émission à 19h » pouvait déranger le public. 
Des informations démenties par la chaîne, mais qui posent plusieurs questions, estime Pierre Tartakowsky, président de la LDH.
De deux choses l’une : soit Nagui a rêvé, fantasmé, déliré, affabulé et disjoncté, soit France 2 a bel et bien diligenté une enquête d’opinion visant à évaluer et apprécier l’impact de ses origines et de sa gueule sur son emploi d’animateur. 

Les déclarations de Nagui sont crédibles
Chacun là-dessus se fera son intime conviction, au regard de l’histoire nationale, des tendances lourdes du débat public, des obsessions ambiantes sur l’identité des uns et surtout des autres, la thèse de Nagui n’a rien d’improbable.

Au vu du caractère « monocolore » qui domine dans les lieux de représentation, l’audiovisuel public n’étant pas des moindres, admettons qu’elle est très crédible. Si ce n’est pas le cas, le fait que l’anecdote défraye la chronique est en soi un indicateur des inquiétudes du moment. Si au contraire, France 2 a dérapé sur ce chemin visqueux, cela donne la mesure des compromissions renoncements et autocensures intellectuelles à l’œuvre depuis des années.
Ce qui ne peut qu’inquiéter sur la fragilité de nos protections de droit face à ces discriminations du quotidien qui, pour se présenter sous le masque du bon sens, n’en sont que plus redoutables. Une telle enquête – si elle existait – serait donc hautement condamnable, du point de vue du droit, de la raison et de l’éthique.

Quels sont les objectifs d'une telle enquête ?
Au-delà de cette indispensable affirmation, on ne peut que s’interroger sur son objectif et ses hypothétiques usages. Car enfin, si un animateur n’anime pas le petit écran, celui-ci le désactive assez rapidement, de nombreux exemples en attestent. Dans le cas inverse, qu’importent ses origines supposées et la réalité de sa gueule, si c’est celle de l’emploi ?
Poussons l’interrogation plus loin ; qu’aurait donc bien pu faire la chaîne si cette enquête – qui n’a jamais existé – avait pourtant existé ? Aurait-elle enregistré, en cas de désaveu, la victoire du préjugé sur le droit, hésité entre la porte, le placard, la relégation en troisième division régionale ?

Allons plus loin encore. Imaginons, pour le fun, comme on dit, un questionnement plus sophistiqué, genre :

« Diriez-vous de Nagui qu’il est suffisamment, trop, pas assez typé… ? »

Que faire d’un « pas assez » ? Que dire d’un éventuel « trop » ? Les questions qui ne soulèvent que de nouvelles questions, souvent en forme de casse-têtes, gagneraient à n’être jamais posées. Sauf évidemment si l’on souhaite casser des têtes…

Le mal être des relations avec les « minorités visibles »
Au risque de jouer les benêts, j’avoue avoir ignoré que Nagui avait un « type ». Je me contentais de penser qu’il en était un, comme pas mal d’autres. Qu’il avait sans doute des origines, mais ni plus ni moins que tout le monde : pure naïveté.  
En plaçant de fait sous suspicion de « non compatibilité ethnique », ces hommes d’images qui sont aussi des images d’hommes, une telle enquête, si elle a existé, mettrait France 2 en résonance avec une certaine France, et mettrait en scène le mal être et le mal faire qui président hélas toujours aux relations de la République avec ses « minorités visibles »…
Puisque tout cela est à pleurer de rire, rions. Rions puisque Nagui a fantasmé, rêvé, déliré, qu’une telle enquête n’a jamais été menée, que la diversité fleurit dans tous nos lieux de représentation, audiovisuel compris, et que le racisme, juré, reste l’apanage de forces obscures que vient chaque jour exorciser la lumineuse clarté de nos petits écrans.