mardi 28 février 2012

La Ligue des Droits de l'Homme prend position sur les élections sénégalaises

Intervention de Catherine Choquet, membre du bureau national, au nom de la LDH lors de la manifestation du samedi 25 février 2012 contre les violations des droits de l’Homme et des libertés publiques au Sénégal.
La Ligue française des droits de l’Homme soutient le rassemblement de ce samedi 25 février 2012 contre les violations des droits de l’Homme et des libertés publiques au Sénégal.
Elle rejoint ainsi le combat mené par ses organisations sœurs sénégalaises : l’ONDH, la RADDHO et la LSDH. Toutes nos organisations sont membres de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme, et nous sommes toutes mobilisées pour soutenir les citoyens et citoyennes sénégalais qui se battent aujourd’hui pour le respect de leurs droits.

Jamais nous n’aurions cru devoir connaître une telle situation au Sénégal ! Les élections qui se tiendront demain sont vraiment des élections à haut risque....

Pour la première fois depuis que des élections sont organisées au Sénégal, pour la première fois dans l’histoire du Sénégal, des observateurs étrangers vont se rendre sur le terrain pour voir le déroulement des opérations. Mais nous avons tous de sérieuses craintes, ne serait-ce que, pour commencer, parce que nous savons que la distribution des cartes d’électeurs ne s’est pas faite dans la transparence. Ceci a d’ailleurs été dénoncé par l’Union européenne. Mais nous nous interrogeons plus globalement sur le déroulement du scrutin de demain et sur son dépouillement… tout en espérant qu’ils se dérouleront dans le calme et la transparence que doit respecter toute démocratie digne de ce nom.

La Commission africaine des droits de l’Homme et des peuples qui tient sa 11ème Session vient de condamner l'utilisation de la force contre les manifestants et appelle à la libération des personnes arbitrairement arrêtées.
Il est quand même extrêmement regrettable que le Président Wade, qui a lui-même promulgué la réforme de la Constitution en 2001 limitant à deux le mandat présidentiel, ne s’applique pas à lui-même cette règle. Son arrivée au pouvoir avait soulevé l’espoir, mais depuis plusieurs années ce ne sont que déceptions, gabegie, corruption, violations des droits, décrédibilisation du politique… qui sont au rendez-vous.
Avec vous nous souhaitons appeler les autorités sénégalaises à mettre en oeuvre toutes les mesures nécessaires pour appliquer les recommandations de la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples et garantir la tenue dans le calme d’élections libres et transparentes. Nous les appelons également à respecter leur Constitution et leurs textes nationaux garantissant les libertés d’opinion et de manifestation. Nous les enjoignons de cesser toute répression violente des manifestations qui pourraient encore se dérouler sur le territoire sénégalais. Nous leur demandons solennellement de garantir la sécurité de tous les citoyens et bien sûr celle des leaders de l’opposition. Nous dénonçons avec vigueur les menaces et intimidations dont plusieurs sont victimes.
Nous exigeons que des mesures soient prises pour poursuivre en justice les auteurs des violences et mettre un terme à l’impunité dont ils bénéficient. Rien ne justifie l’usage des armes face à des manifestants, ni la chasse aux manifestants conduites par des hommes en civil cagoulés et armés de fusil à pompe.
Il y a déjà eu 5 morts – dont un policier – et des dizaines de blessés dont des enfants. Cela suffit !
Halte aux attaques récurrentes contre les défenseurs des droits de l’Homme au Sénégal ! Halte à la répression contre les opposants au régime !
Halte aux arrestations arbitraires ! libération immédiate et sans condition de toutes les personnes arbitrairement arrêtées !
Haltes aux actes de torture contre les personnes en détention !
Nous appelons avec vous à des élections libres et transparentes et au rétablissement de toutes les règles de droit et de la démocratie au Sénégal