Communiqué LDH / FIDH . Paris, le 19 janvier 2011
Rwanda : de nouveaux résultats dans une enquête
judiciaire enfin sans entrave
Après dix-sept
années d'une enquête conçue pour justifier des conclusions définies a priori,
le rapport d’expertise balistique demandé par les juges Poux et Trevidic
confirme que l’enquête menée de Paris par le juge Bruguière n’était destinée
qu’à justifier la politique de la France dans ce pays.
L'orientation de l'enquête défendue par le juge
Bruguière attribuait au FPR, la rébellion à dominante Tutsi, dirigé par
Paul Kagame, la
responsabilité de l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion du président
Juvenal Habyarimana. Cet attentat a déclenché un génocide soigneusement préparé
qui, en trois mois, a provoqué la mort d’au moins huit cent mille Tutsi et de
nombreux Hutu dont la présidente du gouvernement, madame Agathe Uwilingiyimana....
L'accusation du FPR d'avoir enclenché une
réaction de vengeance, contribuait, intentionnellement ou non, à débarrasser la
France de toute erreur dans son soutien à un allié de longue date, le gouvernement
rwandais. Il était ainsi suggéré que le rôle de la France avait été de
s'interposer entre les deux factions engagées respectivement dans
l'extermination de l'autre composante de la population : d’un côté
Paul Kagame et le FPR, qui n’aurait pas hésité à risquer un génocide des siens
dans le but de s’accaparer le pouvoir, et de l'autre, le régime en
place, qui s’engageait, au nom de la défense du pays contre une agression
étrangère, dans un massacre systématique des Tutsi et des opposants Hutu.
Ainsi, la théorie du « double génocide » faisait de la France
un arbitre et justifiait que les forces françaises, dans le cadre de
l’opération Turquoise qualifiée d’ « humanitaire », n’aient pas
reçu l’ordre de désarmer les troupes du gouvernement intérimaire rwandais qui
commettait le génocide.
Les résultats de l’expertise balistique
remettent radicalement en cause cette construction orientée de l’histoire.
Cette enquête doit donc se poursuivre jusqu’à
son terme. Comme doit se poursuivre l’instruction menée contre certains membres
des forces armées françaises, contre lesquelles une plainte a été déposée en
raison de leur comportement durant l’opération Turquoise. La FIDH et la LDH
seront attentives à ce que ces instructions se poursuivent en toute sérénité et
dans des délais normaux, pour que toute la lumière soit faite et toutes
les responsabilités établies dans des exactions que la Cour pénale
internationale a justement qualifiées d'entreprise génocidaire.
