Dans ce document
aussi bouleversant qu’édifiant, Pierre Joxe raconte sa tournée des prétoires et
des prisons, il évoque les cas de vols, de viols, de violences, d’incendies
volontaires, de trafic de stupéfiants, mais aussi le contexte de misère
sociale, de déscolarisation, l’absence de soutien familial, et dresse un état
comparatif des situations qui prévalent en ce domaine en France, en Autriche,
en Espagne, en Allemagne et dans les pays anglo-saxons.
" Il est peu de problèmes aussi graves
que ceux qui concernent la protection de l’enfance, et parmi eux, ceux qui ont
trait au sort de l’enfance traduite en justice. La France n’est pas assez riche
d’enfants pour qu’elle ait le droit de négliger tout ce qui peut en faire des
êtres sains."
Le 2 février 1945, Charles De Gaulle, chef du Gouvernement
provisoire d’une France à peine libérée du nazisme, motivait ainsi une
Ordonnance historique sur la justice des mineurs, inspirée par le programme du
Conseil national de la Résistance. Depuis 2002, un demi-siècle plus tard, une
majorité parlementaire et des gouvernements prétendant se réclamer pourtant du
« gaullisme », démantèlent méthodiquement par des lois successives la
célèbre ordonnance de 1945.
Au Conseil constitutionnel, entre 1992 et 2010, Pierre Joxe a tenté de
s’opposer à cette entreprise de démolition. Devenu avocat des enfants en 2010,
pour pouvoir observer cette justice des mineurs de l’intérieur, il témoigne
aujourd’hui et prend position contre la destruction programmée d’une de nos
plus belles institutions sociales. Pierre Joxe fut ministre de l’Industrie puis
ministre de l’Intérieur, enfin ministre de la Défense au cours des deux
septennats de François Mitterrand. Ancien président de la Cour des comptes, il
a siégé au Conseil constitutionnel de 2001 à 2010.
Source
Laurent Muchielli
