samedi 9 février 2019

Centres de rétention : grève de la faim et soif de justice

https://www.politis.fr/articles/2019/01/centres-de-retention-greve-de-la-faim-et-soif-de-justice-39838/Politis - Hervé BOSSi - 15 janvier 2019
Le 3 janvier, une grève de la faim a débuté dans le centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes. Elle étonne par son ampleur d’autant que le 8 janvier, elle s’est étendue aux CRA du Mesnil-Amelot, d'Oissel et de Sète.
Une grève de la faim inédite, massive, et coordonnée s’étend sur quatre centres de rétention depuis le 3 janvier. Ce mouvement inédit survient alors que la loi asile-immigration entrée en vigueur le 1er janvier est venue porter de 45 à 90 jours la durée de rétention. Ce doublement de la durée de rétention s’ajoute aux souffrances endurées par les retenus. 
Violences et maltraitances quotidiennes 
« Je suis fatigué des violences des gardes », confie M. Dembélé (*). Arrêté sur le chemin de son travail et retenu au CRA de Vincennes depuis une vingtaine de jours, il a entamé sa grève de la faim le 3 janvier. Les traits tirés, il détaille d’une voix affaiblie, dans le parloir du CRA, les maltraitances subies au quotidien et les conditions de rétention : « On est traités comme des moins-que-rien. »
« Les violences physiques et verbales de la police, la mauvaise alimentation, la saleté des locaux… Tout cela mène à un ras-le-bol général », résume Nicolas Pernet. Ce responsable régional de la Cimade, qui intervient au CRA du Mesnil-Amelot, en bordure de l'aéroport de Roissy, y voit la dernière manifestation de la politique répressive menée par le gouvernement. Auparavant mandatée dans tous les centres de rétention, l’association qui accompagne les personnes enfermées dans leurs démarches juridiques, n’intervient plus que dans huit des vingt-quatre centres de rétention français, depuis l’ouverture de l’appel d’offres sur l’aide aux étrangers en CRA en 2008.
L’allongement de la durée de rétention est la partie la plus visible de la politique mise en place par le ministère de l’Intérieur depuis 2017, mais ce n'est pas le seul dispositif utilisé. « Les placements à l’isolement, au “mitard”, sont devenues une pratique fréquente depuis deux ans, même envers les retenus qui ne sont pas violents ou agressifs. Des personnes aux situations psy délicates, qui s’automutilent par exemple, sont mises à l’isolement », dénonce Nicolas Pernet. La plupart des jeunes hommes migrants souffrent de pathologies psychiatriques, comme le souligne un rapport de Médecins du monde, notamment dues à des traumatismes subis durant leur trajet jusqu’en France. Les violences de l’administration, doublées de l’absence de dispositif psychiatrique, et des défaillances du dispositif médical en CRA, aggravent la santé de ces retenus particulièrement fragiles. Le cas récent d’Hassan, un jeune Algérien, est révélateur de ces défaillances. Alors qu’il avait attenté à sa vie, il a été plusieurs fois placé à l’isolement, menotté et casqué.
« Du Valium au petit-dej’ » 
Le dispositif médical en CRA est en effet réduit à son minimum. « Peu importe le souci de santé, ici c’est Doliprane ou Valium », souffle M. Dembélé. Une situation dénoncée par Valérie Osouf, réalisatrice et militante du collectif de défense des migrants Chapelle Debout : « Certains retenus du CRA d'Oissel me rapportent qu’on leur donne du Valium au petit-dej’ ! »....

Rentrez chez vous! Un texte fort de rapeurs toulousains

https://www.azlyrics.com/lyrics/bigflooli/rentrezchezvous.html
Il n'est pas courant de mettre en ligne sur ce blog l’œuvre de chanteurs actuels. Il y a eu Atahualpa Yupanqui et Paco Ibanez (chantant G. Celaya) qui ne sont pas vraiment "actuels" bien qu'universels. Mais j'ai entendu hier un texte des jeunes rapeurs toulousains Bigflo et Oli qui m'a vraiment interpelé et pourtant je ne suis pas un fan de rap!! La chanson s'appelle "Rentrez chez vous!" et met en scène des Français qui migrent car notre pays est en proie aux attentats.  Lisez ce texte  ou écoutez le
Cette 4e chanson de l'album de Bigflo & Oli “La vie de rêve” résume la vie des victimes d'attentats, la chanson explique que nous ne réalisons pas la douleur des victimes (principalement les syriens,irakiens = immigrés).
Oli représente un immigré qui réussit a rejoindre son objectif alors que Flo, représente un immigré qui meurt en traversant la méditerranée. Une situation qui en théorie n'est exclue pour personne ce que beaucoup oublient en rejetant les réfugiés. Ils oublient aussi que dans un passé pas si lointain les français aussi ont dû migrer pour échapper à un sort funeste. Le fait que Florian et Olivio soient issus de l'immigration (père réfugié argentin, mère française d'origine algérienne) explique sans doute leur sensibilité à cette question des migrants.
Ces artistes avait déjà sorti une chanson (Dommage, album La Vraie Vie 2017) où, entre autres, ils dénonçaient dans leur dernier couplet les violences faites aux femmes.  
C'est très encourageant de voir que des jeunes se préoccupent de ces graves problèmes de société. La citoyenneté n'est pas une question d'âge!

mardi 5 février 2019

"Il n'y aurait pas eu d'affaire Audin sans Josette Audin"

L'Obs -  Nathalie Funes 

https://www.nouvelobs.com/monde/20190203.OBS9563/il-n-y-aurait-pas-eu-d-affaire-audin-sans-josette-audin.html#xtor=EPR-127-[ObsPolitique]-20190204Josette Audin, morte samedi 2 février, s'était battue toute sa vie pour que l'Etat français reconnaisse sa responsabilité dans la disparition de son mari, le mathématicien Maurice Audin, pendant la guerre d'Algérie. 

La dernière fois que nous avions été la voir, c'était à la mi-décembre. Nous lui avions demandé ce qu'elle avait emporté, en 1966, après le coup d'Etat de Houari Boumediene, quand elle avait quitté l'Algérie pour rejoindre la France, en passant par le Maroc et l'Espagne, avec ses trois enfants, dans une voiture bourrée à craquer. Comme souvent, Josette Audin avait d'abord répondu par un silence. Puis elle avait lâché six mots, pas un de plus."J'ai pris les choses importantes, les livres et les photos."
Les livres qui avaient traversé la Méditerranée étaient encore-là, un demi-siècle plus tard, dans la bibliothèque de son salon, perché au cinquième étage d'un immeuble blanc de Bagnolet, en banlieue parisienne. Et les photos aussi, les rares portraits en noir et blanc, visage resté à jamais enfantin, de son mari, Maurice Audin. Le combat de toute sa vie.
 26 ans, trois enfants de 1 mois à 3 ans
Le jeune homme était assistant en mathématiques à la faculté d'Alger, adhérant du Parti communiste algérien (PCA) et militant anticolonialiste. Il a 25 ans quand les militaires viennent l'arrêter, le mardi 11 juin 1957, à 23 heures, dans son appartement de la rue Flaubert, au cœur du quartier du Champ-de-Manœuvre, à Alger. Josette, 26 ans, est là. Leurs trois enfants, Michèle, 3 ans, Louis, 1 an et demi, et Pierre, 1 mois, aussi. Elle s'inquiète de savoir quand son époux va revenir. L'un des militaires lui répond :
"S'il est raisonnable, il sera de retour ici dans une heure."
Maurice Audin est conduit dans un immeuble en construction d'El Biar, sur les hauteurs de la ville, transformé en centre de détention par l'armée française. Torturé à mort ? Exécuté ? Il n'en est jamais revenu. Le 1er juillet 1957, vingt jours après l'arrestation, un lieutenant-colonel tente de faire croire à Josette Audin que son mari s'est évadé lors d'un transfert. Elle dépose plainte contre X pour homicide volontaire.

jeudi 31 janvier 2019

TRIBUNE. Loi "anticasseurs" : la répression n’est pas la solution

Patrice Spinosi, avocat au Conseil d’Etat et à la Cour de Cassation, juge que le recours à une nouvelle loi, soumise à l'Assemblée ce mardi, sera inefficace dans l'immédiat.

 L'Obs :  Patrice Spinosi 
https://www.nouvelobs.com/justice/20190128.OBS9205/tribune-loi-anticasseurs-la-repression-n-est-pas-la-solution.html

Le texte de loi durcissant les sanctions contre les casseurs et les manifestations non déclarées, promis par le Premier ministre après des débordements de "gilets jaunes", est soumis à l'Assemblée nationale mardi 29 janvier. Dans une tribune à "l'Obs", Patrice Spinosi, avocat au Conseil d'Etat et à la Cour de cassation, juge que le recours à une nouvelle loi sera inefficace dans l'immédiat.
La répression ! C'est la réponse que le Premier ministre a voulu offrir aux débordements violents qui ont émaillé les dernières manifestations des "gilets jaunes". L'heure est à la sévérité. Lors de son passage télévisé, le chef du gouvernement a annoncé "une loi nouvelle" pour mieux "ficher" et réprimer les casseurs. L'idée n'est pourtant pas nouvelle.
Et pour cause, ce type de fichiers existe d'ores et déjà depuis plusieurs années. Rien de véritablement révolutionnaire, donc.
Il en va différemment des autres mesures annoncées qui présentent un risque significatif pour les droits et les libertés des citoyens. En pratique, la "loi nouvelle" que le Premier ministre appelle de ses vœux existe déjà. Il s'agit de la proposition de loi visant à prévenir les violences lors des manifestions et à sanctionner leurs auteurs qui a été déposée par M. Bruno Retailleau [président du groupe Les Républicains au Sénat, NDLR] et votée par le Sénat en octobre dernier. Elle était depuis lors en attente sur le bureau de l'Assemblée nationale.
Les temps ont changé
On pourrait relever, avec ironie, que les sénateurs de La République en Marche s'y étaient opposés. Il est vrai que les temps ont changé. On y retrouve les différentes mesures émaillées par le Premier ministre.
D'abord, l'interdiction individuelle de manifester prise par les préfets contre ceux qui se sont rendus coupables, à l'occasion de rassemblements sur la voie publique, de violences à l'égard de personnes ou de biens. Mais aussi d'une façon plus globale, contre toutes les personnes qui appartiennent à un groupe ou entrent en relation de manière régulière avec des individus incitant, facilitant ou participant à la commission de ces faits. Il s'agit ici d'une mesure de police administrative similaire à celles qui ont largement été éprouvées par le gouvernement dans le cadre de l'état d'urgence. La logique est exactement la même.
Le préfet peut interdire à tout moment, sur la base des renseignements donnés par les services (complétés par le fameux fichier), à une personne de manifester au motif qu'il "existe des raisons sérieuses de penser que son comportement constitue une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public". C'est la tentation d'une justice prédictive qui a déjà été amplement critiquée. Sur la seule base des soupçons de l'administration, le cas échéant étayés par les fameuses notes blanches, l'Etat pourra porter atteinte à la liberté d'un citoyen de manifester ses opinions, lequel n'aura alors pas d'autre choix que de saisir le juge administratif d'un référé à bref délai dans l'espoir de faire suspendre son interdiction.
Mais ce n'est pas tout. Le fait de dissimuler son visage aux abords d'une manifestation pourrait être puni d'un an d'emprisonnement et les personnes déclarées coupables d'une infraction commise à l'occasion d'une manifestation se verraient contraintes de rembourser l'ensemble des dommages intervenus à cette occasion.

Loi "anticasseurs" : un député centriste dénonce un retour au "régime de Vichy"

Une mise en garde qui s'est faite sous les protestations de la majorité à l'Assemblée nationale.
https://www.nouvelobs.com/politique/20190131.OBS9414/loi-anticasseurs-un-depute-centriste-denonce-un-retour-au-regime-de-vichy.html#xtor=EPR-127-[ObsPolitique]-20190131
L'Obs  31 janvier 2019 
Alors que l'Assemblée nationale a donné, mercredi soir, son feu vert à la possibilité pour les préfets de prononcer des interdictions de manifester, disposition clé de la proposition de loi "anticasseurs", le débat dans l'Hémicycle a fait des vagues. Et c'est un élu centriste, le député de la Marne Charles de Courson (qui appartient au groupe Libertés et territoires) qui a mené la charge la plus déterminée contre le texte :
"On se croit revenu sous le régime de Vichy", s'est-il indigné, suscitant de vives protestations de ses collègues.
"C'est une pure folie" 
"Oui, oui, je dis bien le régime de Vichy. Vous êtes présumé par votre attitude être résistant, alors on vous entaule… Mais où sommes-nous, mes chers collègues ? Il faut absolument voter les amendements de suppression", a continué l'élu. Et Charles de Courson, fils et petit-fils de résistants, de prévenir l'Assemblée nationale : "Le jour où vous aurez un autre gouvernement, vous verrez ! Quand vous serez dans l'opposition, avec une droite extrême au pouvoir, vous verrez mes chers collègues ! Alors c'est une pure folie que de voter ce texte."

mardi 29 janvier 2019

La LDH défend les libertés, n’en déplaise à M. Estrosi

Communiqué LDH
Sur France Info, aujourd’hui, Christian Estrosi a indiqué que la Ligue des droits de l’Homme (LDH) était « toujours du côté du voyou ». Sans doute M. Estrosi entretient-il à l’égard de la LDH un ressentiment justifié par son action contre ses délires sécuritaires, faisant des Niçois et Niçoises des cobayes d’un système de plus en plus inquisitoire.
Quant à la fréquentation de « voyous », il faut reconnaître à M. Estrosi une expérience que la LDH n’a pas.
Christian Estrosi ferait mieux de se souvenir qu’il avait été élu aux dernières élections régionales grâce à des électeurs et des électrices qui se reconnaissent dans les choix de la LDH et non dans son adhésion toujours plus forte vers les thèses et la pratique du Rassemblement national.
Paris, le 29 janvier 2019
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vendredi 11 janvier 2019

Potentiellement dangereux, l'additif E171 devait être suspendu... mais Bercy bloque

Utilisé pour blanchir ou faire briller les chewing-gums et les bonbons, le dioxyde de titane est soupçonné de favoriser les cancers. L'Obs  
https://www.nouvelobs.com/sante/20190111.OBS8322/potentiellement-dangereux-l-additif-e171-devait-etre-suspendu-mais-bercy-bloque.html#xtor=EPR-127-[ObsPolitique]-20190111Confiseries, gâteaux, plats cuisinés... Malgré le vote du Parlement, Bercy refuse de bannir dès aujourd'hui le dioxyde de titane, additif alimentaire controversé, provoquant la colère des ONG qui espèrent que ce "renoncement" n'est pas définitif. Le C'est surtout le fait que cette substance contienne des nanoparticules − d'une taille inférieure à 100 nanomètres, facilitant leur pénétration dans l'organisme − qui soulève, depuis plusieurs années, l'inquiétude des associations de défense des consommateurs et de l'environnement.
De ce fait, la secrétaire d'Etat à la Transition écologique Brune Poirson avait annoncé en mai dernier la suspension de son utilisation dans les produits alimentaires d'ici fin 2018 − suspension et non interdiction qui dépend de l'UE. 
La disposition a été reprise dans la loi alimentation promulguée en novembre mais elle ne peut s'appliquer sans un arrêté du ministère de l'Economie.  
Bruno Le Maire bloque  
Et Bruno Le Maire a été clair cette semaine, dans l'émission "C à vous" sur France 5, sur son intention de ne rien signer dans l'immédiat, mettant en avant des "évaluations différentes" sur la dangerosité potentielle du produit.
L'Institut national de la recherche agronomique (Inra) soulignait ainsi en 2017 que l'exposition au E171 favorisait la croissance de lésions pré-cancéreuses chez le rat. Sans que ces résultats ne permettent de conclure sur ses effets sur l'homme.
Mais en juillet, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) a estimé que cette étude et trois autres soumises par la France ne remettaient pas en cause son évaluation de 2016, qui concluait que le dioxyde de titane n'était "pas de nature à entraîner un risque sanitaire". Le mois suivant, la Commission européenne lui commandait toutefois un nouvel avis, attendu pour mi-2019, qui devra se pencher en particulier sur la taille des particules.
Bruno Le Maire a lui indiqué avoir demandé à l'agence sanitaire française Anses d'"accélérer ses travaux" sur le sujet.
Sur la base de cette évaluation "à échéance de six mois maximum", "je saisirai à nouveau l'Union européenne et si cette évaluation conclut qu'effectivement il y a un risque sanitaire, je serai le premier à signer l'arrêté", a-t-il ajouté.

Aide aux migrants : deux militants condamnés à de la prison avec sursis

Le tribunal de Gap, dans les Hautes-Alpes, a condamné, jeudi, deux militants promigrants à trois et quatre mois de prison avec sursis pour « aide à l’entrée irrégulière d’un étranger ».
Le Monde avec AFP Publié hier à 19h18
Deux militants promigrants ont été condamnés, jeudi 10 janvier, à trois et quatre mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Gap (Hautes-Alpes) pour « aide à l’entrée irrégulière d’un étranger » en France, a-t-on appris auprès de leurs avocats.
Suspecté, selon le ministère public, d’avoir « facilité la fuite de quatre migrants » lors d’un contrôle de police en janvier 2018, Pierre Mumber a écopé de trois mois d’emprisonnement avec sursis. Quant à Kevin Lucas, 32 ans, qui était soupçonné d’avoir refusé de stopper son véhicule à bord duquel se trouvaient plusieurs migrants pris en charge à Montgenèvre en mars 2018, il a été condamné à quatre mois d’emprisonnement avec sursis.
Le tribunal n’a que partiellement suivi les réquisitions du procureur, qui avait respectivement réclamé à leur encontre une peine de trois et de six mois de prison avec sursis. « Je suis choqué. Pas pour moi, car je sais ce que j’ai fait. Qu’on condamne des gens de cette manière-là, c’est de l’abattage. J’ai honte pour ce tribunal », a réagi Pierre Mumber à l’annonce du jugement, interrogé par le quotidien régional Le Dauphiné libéré. 
« Condamnation incohérente » 
Les avocats des mis en cause ont fait appel des condamnations. A l’audience, ils avaient demandé en vain son report en raison de l’arrivée tardive entre leurs mains du dossier de leurs clients. Ils ont plaidé la nullité de la procédure pour atteinte aux droits de la défense. « Ces gens-là ne sont pas des délinquants. Cette condamnation est complètement incohérente », a déploré Me Philippe Chaudon, l’avocat de Pierre Mumber, en dénonçant « une parodie de justice ». « Ils n’agissent que par simple conscience humanitaire. La justice cherche à leur faire peur et à les dissuader », a abondé Me Maéva Binimelis, conseil de Kevin Lucas.
En décembre, sept militants, dont deux Français, avaient été condamnés par ce même tribunal à des peines allant jusqu’à quatre mois de prison ferme. Le parquet leur reprochait d’avoir facilité, en avril 2018, l’entrée en France d’une vingtaine de migrants en forçant un barrage dressé par les forces de l’ordre lors d’une manifestation improvisée entre Clavière et Briançon.
 

jeudi 10 janvier 2019

Delphine Batho : "L’écologie ne peut pas être consensuelle"

Delphine Batho
L'ancienne ministre de l’Écologie envisage très sérieusement l'effondrement de notre civilisation. Mais comment faire de ce constat une force politique ? Entretien. 
Par Sébastien Billard 
Députée et ex-ministre de l'Ecologie, Delphine Batho est aujourd'hui présidente de Génération écologie. Elle vient de publier "Ecologie intégrale : le manifeste" (éd. du Rocher). Entretien. 
"L'écologie est devenue une question de vie ou de mort", écrivez-vous au début de votre livre. En quoi la situation vous semble-t-elle particulièrement inquiétante ? 
Nous vivons un moment sans équivalent dans l'histoire. L'effondrement de la biodiversité a pris une vitesse effrayante, le réchauffement climatique ne cesse de s'amplifier, les ressources naturelles sont épuisées, ou en passe de l'être. Certaines limites planétaires qui conditionnent la vie sur Terre sont déjà franchies. En un mot : notre civilisation va dans le mur.
Et pourtant, il y a un vide politique sidéral sur ces questions. A droite comme à gauche, on continue de placer l'économie et la croissance au centre de tout, alors qu'elle est au fondement de cette dynamique destructrice. Que les uns soutiennent que les richesses ruissellent, que les autres soutiennent qu'elles doivent être redistribuées ne change rien à la question fondamentale, qui est celle de l'origine de la création de valeur. Or, la croissance économique est fondée sur la destruction de la nature. C'est donc un modèle avec lequel il faut rompre. La situation appelle une transformation culturelle totale. 

mercredi 2 janvier 2019

Controverse en Inde après l'entrée de deux femmes dans le temple de Sabarimala

Inde: l'entrée de deux femmes dans un temple au centre d'une controverse
AFP, publié le mercredi 02 janvier 2019 à 10h56 
Deux femmes ont pénétré mercredi sous protection policière dans un des sanctuaires indiens les plus sacrés de l'hindouisme, à l'insu de fidèles traditionnalistes hostiles à une décision de la Cour suprême annulant l'interdiction d'entrée imposée aux femmes âgées de 10 à 50 ans.
Les deux femmes sont entrées peu avant l'aube sous protection de la police dans le temple de Sabarimala, dans l'Etat de Kerala (sud), et en sont ressorties sans se faire repérer, ont confirmé des responsables.
Ce temple est depuis des semaines au centre d'affrontements entre les hindous traditionalistes, favorables au maintien de l'interdiction de l'entrée des femmes, et les partisans de la décision de la Cour suprême, notamment des associations de défense des droits des femmes.
Des images filmées ont montré les deux femmes, Kanaka Durga et Bindu -qui n'a qu'un seul nom- entrer dans le temple vêtues de noir et la tête inclinée.
"Nous ne sommes pas entrées en gravissant les 18 marches sacrées mais en empruntant l'entrée du personnel", a déclaré aux journalistes une des deux femmes, qui restent sous protection de la police.
Le chef du gouvernement local du Kerala, Pinarayi Vijayan, l'a confirmé. "Il est exact que les femmes sont entrées dans le temple. La police doit offrir sa protection à toute personne qui désire prier dans le temple", a-t-il déclaré.    [Cliquer sur la photo pour lire tout l'article]

samedi 15 décembre 2018

Quand le prix des Droits de l’Homme de la République française dérange les autorités de la République

https://blogs.mediapart.fr/michel-tubiana/blog/131218/quand-le-prix-des-droits-de-l-homme-de-la-republique-francaise-derange-les-autorites-de-la-repub13 déc. 2018 Par Michel Tubiana  [Blog : Le blog de Michel Tubiana]
La CNCDH a décidé de remettre un de ses prix annuels à deux organisations, l’une est israélienne B’Tselem, l’autre palestinienne Al Haq. Ce prix devait être remis le 10 décembre par la garde des Sceaux. A 48 heures de distance, celle-ci s’est désistée. Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH et Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH s'insurgent de cette nouvelle défausse du gouvernement. 
La CNCDH a décidé de remettre un de ses prix annuels à deux organisations. L’une Israélienne B’Tselem, l’autre palestinienne Al Haq. Leur particularité ? De travailler ensemble pour dénoncer les violations de droits supportées par les palestiniens, avec, pour ce qui concerne Al Haq, le fait de s’opposer aussi aux violations de droits commises par l’autorité palestinienne. Est-il besoin de dire qu’elles sont sous pression ? B’Tselem fait l’objet de menaces constantes et de mesures discriminatoires de la part du gouvernement israélien. Al Haq n’est pas mieux loti. Précision qui n’est pas un point de détail, ces deux organisations reçoivent des financements de nombreuses fondations, de l’Union européenne et de nombreux gouvernements occidentaux dont la France…
Ce prix devait être remis le 10 décembre par la garde des Sceaux. A 48 heures de distance, celle-ci s’est désistée, retenue officiellement par une entrevue avec le Premier ministre, et il ne s’est trouvé aucun ministre pour la substituer, pas même le plus obscur secrétaire d’Etat !
Tout ceci serait un non évènement si, d’une part, cette petite lâcheté des autorités françaises ne répondait pas aux injonctions de ceux et celles qui, en France, ont choisi de se faire les porte-paroles du gouvernement de B. Netanyaou et de l’extrême-droite israélienne et, d’autre part, si ce même gouvernement français ne s’apprêtait à entériner, au sein de l’Union européenne, une définition de l’antisémitisme incluant la critique de la politique israélienne.
 

dimanche 9 décembre 2018

Mantes-la-Jolie : la puissance de l’Etat s’affirme par sa maîtrise et non par l’humiliation

Communiqué LDH
Des vidéos montrant plus d’une centaine de mineurs, pour beaucoup lycéens, à Mantes-la-Jolie, agenouillés, face contre un mur, certains les mains sur la tête, humiliés par des policiers, sont insupportables et ont profondément choqué.
Au-delà de l’indignité d’un tel comportement de représentants des forces de l’ordre, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) dénonce ces agissements illégaux, en violation de l’ordonnance du 2 février 1945 sur les mineurs et des garanties accordées à toute personne interpellée.
Quelles que soient les tentatives de justification du parquet de Versailles et du gouvernement, la LDH rappelle qu’aucun principe de sécurité ou d’ordre public ne saurait primer sur les droits de l’enfant ni autoriser des humiliations d’Etat. Ces valeurs fondamentales sont protégées par de nombreux outils internationaux. C’est pourquoi la LDH entend alerter le rapporteur spécial sur la torture de l’ONU, afin qu’il se saisisse de cette situation dans un contexte de multiplication des blessés par les forces de l’ordre lors d’opérations de sécurité autour des mouvements sociaux.
Parallèlement à l’auto-saisine du Défenseur des droits, qu’il faut saluer, la LDH demande que toute la lumière soit faite sur ces graves faits. Si le ministre de l’Intérieur a annoncé qu’il rendrait publique l’enquête interne initiée, la transparence doit être totale et les responsabilités recherchées.
Paris, le 7 décembre 2018

lundi 26 novembre 2018

Des antisémites sous les gilets jaunes…

https://ldhsarlat.wordpress.com/2018/11/24/des-antisemites-sous-les-gilets-jaunes/ Ligue des Droits de l'Homme - Section de Sarlat

Parmi les « gilets jaunes » présents à Paris pour « tout bloquer » samedi dernier, une belle brochette de nationalistes et d’antisémites notoires, qui comptent bien récidiver samedi prochain…
Pas facile d’avoir un avis tranché et définitif sur le mouvement des « gilets jaunes », qui s’est exprimé pour la première fois samedi dernier. Certains, comme Jean-Pierre Anselme, veulent y voir « un mouvement d’ampleur, qui mobilise une large fraction des classes populaires les plus meurtries par les politiques gouvernementales néolibérales », dont les tentatives de récupération de la part de leaders nationalistes « n’atteste en rien de sa prétendue “nature” d’extrême droite »
D’autres, au contraire, comme nos camarades désabusé·es de Haute-Savoie, jugent ce mouvement plus sévèrement : « Sans perspectives révolutionnaires, les masses populaires qui cherchent la rébellion contre la morosité périurbaine se retrouvent prises dans les mailles du populisme, renforçant ainsi l’avancée du fascisme. »
Pour notre part, c’est plutôt avec scepticisme que nous observons ce mouvement, car sa revendication « franchouillarde » (la référence aux « Gaulois »), son anti-fiscalisme primaire (quid de la redistribution des richesses ?), et plus largement sa vacuité idéologique le rende plus facilement perméable aux idées d’extrême droite qu’à nos propositions d’émancipation sociale et de solidarité de classe, quelque soit la nationalité. L’avenir jugera, mais d’expérience, on sait que ce genre de mouvement spontané, n’ayant pour seule revendication que de « faire entendre le peuple » sans préciser ce qu’il a à dire, est soit voué à disparaître rapidement, soit à finir dans les filets des populistes professionnels, qui sont déjà à l’affût.

Les assocations de défense des migrants saisissent la justice pour entorses aux droits des mineurs isolés

 mardi 20 novembre 2018 à 18:31 Par Martin Delacoux, France Bleu Azur
Pour la journée internationale des droits de l'enfant, élus, associations et avocats ont déposé un dossier au procureur de la république de Nice. Le document recense des entorses aux droits des mineurs étrangers isolés à la frontière franco-italienne. Ils espèrent l'ouverture d'une enquête.
La Ligue des droits de l'homme, le syndicat des avocats de France, ainsi que trois élus du Sud-Est ont déposé un dossier sur le bureau du procureur de la République de Nice mardi 20 novembre, dans l'après-midi. Un document de vingt pages, qui signale et liste les entorses faites aux droits des enfants sur les mineurs isolés étrangers à la frontière franco-italienne. Parmi les cas mentionnés, trois ont déjà été reconnu comme valables par tribunal administratif de Nice. Mais aujourd'hui, les associations de défenses des mineurs veulent aller plus loin : elles souhaitent que Jean-Michel Prêtre, le procureur, ouvre une enquête au pénal. 
"Les associations demandent qui sont les responsables" 
"Libre à M. Prêtre d'enquêter, de poursuivre, de demander où sont les responsables" explique l'avocate Mireille Damiano, du syndicat des avocats de France. Dans ce document, ils ont recensé des faits, qui, à leur sens, constituent des infractions. "Ces affirmations nous laissent à penser que sont responsables le préfet des Alpes-Maritimes, et deuxièmement les policiers et leur gouvernance. 
"Une stratégie politique délibérée" 
Pour David Nakache, le président de l'associaition "Tous Citoyens", les entorses recensées dans ce document sont inadmissibles et délibérées. "Dès qu'il s'agit de mineurs étrangers isolés, il y a une stratégie politique délibérée d'entrave aux droits. [...] On les refoule sans même étudier leurs dossiers, ce qui n'arrive pas quand il s'agit d'enfants français."
Ce dossier a été enregistré le 20 novembre. En revanche, le procureur de la République ne s'est pas encore exprimé à ce sujet.

mardi 20 novembre 2018

Débat : Non, la liberté d’opinion n’a pas à être « fondée sur des faits »

The conversation - 14 novembre 2018

https://theconversation.com/debat-non-la-liberte-dopinion-na-pas-a-etre-fondee-sur-des-faits-106635
Reporters sans frontières (RSF) vient de divulguer une « déclaration internationale sur l’information et la démocratie ». L’intention est de poser les « principes fondamentaux de l’espace global de l’information et de la communication », notamment pour lutter contre la « désinformation massive en ligne ». C’est un projet louable, mais qui repose sur une conception inquiétante de la liberté d’opinion. 
Cette conception est résumée dans la première phrase suivant le préambule de la déclaration :
« La liberté d’opinion est garantie par l’échange libre des idées et des informations fondées sur des vérités factuelles. »
Ce que signifie « garantie » n’est pas très clair, mais il faut sans doute entendre que « la liberté d’opinion n’a de sens que si elle est fondée sur des faits », comme le soutenait récemment Christophe Deloire, le secrétaire général de RSF. 
La liberté de dire des bêtises, le droit d’en lire  
La liberté d’opinion garde pourtant tout son sens lorsqu’elle n’est pas « fondée sur des faits ». On peut très bien avoir une opinion, et la liberté de l’exprimer, sur des choses qui ne sont que très indirectement factuelles : sur ce qui est beau ou ce qui est laid, bien ou mal, sur des valeurs ou sur des systèmes de valeur. Je suis libre d’avoir l’opinion que la peinture de Monet est supérieure à celle de Renoir (ou l’inverse) sans avoir à la fonder sur des « preuves » ou sur des « informations fiables ». Et j’ai bien le droit de le dire. 
La liberté d’opinion n’est donc pas toujours fondée sur des faits, et surtout elle n’a pas à l’être. Une opinion qui n’est pas fondée sur des faits doit pouvoir être communiquée. C’est ainsi que l’on parvient à produire des informations fiables. Les rédacteurs de cette déclaration renversent l’ordre des choses en faisant de l’information fiable un point de départ, alors qu’elle est le point d’arrivée des échanges d’opinions. Il faut avoir la liberté de se tromper, et de dire des bêtises, pour arriver ensuite à se rapprocher autant que possible de la vérité. 
La liberté d’opinion, c’est et cela doit être la liberté de dire que la foule ayant assisté à l’investiture du 45e président des États-Unis est plus importante que celle présente pour l’investiture du 44ᵉ, que personne n’a jamais marché sur la Lune ou que 2+2 font 5, ou bien 4, ou bien 3, peu importe. Une opinion n’a pas besoin d’être vraie a priori, ni correctement établie, ni « rationnelle » ou « fondée sur de l’information fiable ». Elle a seulement besoin d’être émise puis discutée, et le cas échéant rejetée ou amendée. 
Pour cette raison, le droit à l’information ne doit pas consister, comme le proposent les auteurs de la déclaration, en la « liberté de rechercher et de recevoir des informations fiables et d’y accéder ». Elle doit consister en la liberté de rechercher n’importe quelle information, fiable ou pas, pour s’y frotter, s’y piquer, et apprendre.

Le service national contre l’ennemi de l’intérieur

https://www.questionsdeclasses.org/?Le-service-national-contre-l-ennemi-de-l-interieur

Questions de classe(s) - Posté le 13 novembre 2018 par B. Girard

Dans un rapport en date du 12 février 2018, l’IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale) voit dans le SNU (service national universel) un outil d’éducation totale des jeunes mais aussi de contrôle de toute la société. « Une transformation silencieuse  » qui passe par des préconisations qui font froid dans le dos. 
Le service national, dernier avatar en date de la « défense globale »
Au-delà des traditionnels éléments de communication censés justifier le projet (« universalité, égalité, fraternité etc… »), l’objectif central est celui de la « défense globale  », un concept dont le flou permet de justifier toutes les extensions. Dans le cas présent, l’IHEDN ratisse large, très large : le SNU « doit favoriser l’attractivité [des armées], générer un meilleur recrutement et leur permettre, le cas échéant, de s’appuyer – en cas d’intervention sur le territoire national * – sur des réserves de la Nation/de la République (sic), identifiées, mieux formées, immédiatement rappelables, plus solidaires. » Qu’un des objectifs prioritaires du SNU soit de répondre aux besoins de recrutement des armées n’est pas une surprise – il apparaît en filigrane à travers tous les dispositifs de rapprochement jeunes/armées, notamment dans l’éducation à la défense – mais avec l’accent désormais mis sur une intervention se déroulant à l’intérieur des frontières et des classes d’âge « immédiatement rappelables » (une formulation qui renvoie à la guerre d’Algérie..), le projet de SNU prend une tout autre signification, dont le rapport ne prend même pas la peine de dissimuler la portée : « une contribution limitée et précisément définie doit permettre de valoriser les atouts pédagogiques des militaires et de souligner leur contribution à la prévention de crises sur le territoire national, en même temps que leur contribution à la formation des jeunes et à une certaine remédiation sociale. »
Interventions sur le territoire national, prévention de crises sur le territoire national, formation des jeunes, remédiation sociale : en quelques mots, tout est dit. En usant d’une dialectique qui n’est pas sans évoquer « le rôle social de l’officier », le SNU permet d’étendre à l’infini le champ d’intervention de l’armée : l’éducation (et l’école) comme étape obligée d’une militarisation plus large de toute la société. Dans cette optique, l’IHEDN imagine un service national qui soumettrait tous les jeunes à partir de 18 ans à une « obligation de défense en cas de crise nationale, de nature sécuritaire ou non. Tous peuvent être rappelés en fonction des circonstances. » Au regard du caractère extensif et arbitraire de la notion de crise, de la facilité avec laquelle les dirigeants y ont recours pour instaurer un état d’exception devenu la norme (et de la facilité avec laquelle la société l’accepte - tant qu’elle n’en est pas elle-même la cible), on comprend que le service national recouvre un champ d’application des plus étendus mais qui a davantage à voir avec la surveillance de la population qu’avec le service qu’on est censé lui rendre. La figure du danger est ici, clairement, celle de l’ennemi intérieur.

mercredi 14 novembre 2018

Rapport : « Egypte, une répression made in France » La France et ses entreprises participent à l’écrasement du peuple égyptien

https://www.ldh-france.org/la-france-et-ses-entreprises-participent-a-lecrasement-du-peuple-egyptien-rapport/Un nouveau rapport dévoile aujourd’hui comment l’État et plusieurs entreprises françaises ont participé à la sanglante répression égyptienne des cinq dernières années, en fournissant au régime d’Abdel Fattah al-Sissi du matériel militaire et de surveillance. Dotant les services de sécurité et de répression égyptiens de puissants outils numériques, elles ont participé à la mise en place d’une architecture de surveillance et de contrôle orwellienne, utilisée pour briser toute velléité de dissidence et de mobilisation. Face à ce nouveau scandale touchant les exportations d’armement et de « biens à double usage » français, nos organisations demandent la mise en place d’une enquête parlementaire et l’arrêt immédiat de ces exportations.
Depuis le coup d’état militaire de juillet 2013 orchestré par Abdel Fattah Al Sissi, l’Égypte est en proie à une répression implacable. Le bilan est accablant pour ses services sécuritaires : dispersions de manifestations avec des moyens militaires (plus de 1 000 morts pour la seule dispersion du sit-in de Rabaa Al Adawiya, le 14 août 2013 au Caire) ; incarcération d’au moins 60 000 prisonniers politiques depuis 2013 ; milliers d’exécutions extra-judiciaires et disparitions forcées (entre juillet 2013 et juin 2016, 2 811 cas de disparition forcées aux mains des services de sécurité) ; recours systématique à la torture ; augmentation des condamnations à mort.
Alors que le Conseil des Affaires Étrangères de l’Union Européenne affirmait le 21 août 2013 que : « Les États membres ont décidé de suspendre les licences d’exportation vers l’Égypte de tous les équipements qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne », au moins huit entreprises françaises – encouragées par les gouvernements successifs – ont au contraire profité de cette répression pour engranger des profits records. Entre 2010 et 2016, les livraisons d’armes françaises vers l’Égypte passent de 39,6 millions à 1,3 milliards d’euros.

mardi 6 novembre 2018

"La France a le devoir d'aider Asia Bibi", la Pakistanaise condamnée à mort pour blasphème

L'Obs avec AFP -

https://www.nouvelobs.com/monde/20181106.OBS4950/la-france-a-le-devoir-d-aider-asia-bibi-la-pakistanaise-condamnee-pour-blaspheme.html#xtor=EPR-127-[ObsPolitique]-20181106
Asia Bibi trouvera-t-elle refuge en France ? La maire de Paris Anne Hidalgo l'a proposé, de même que le président des Républicains Laurent Wauquiez. Dans des messages séparés, ils ont appelé le gouvernement à intervenir pour sauver la Pakistanaise, condamnée à mort pour blasphème puis acquittée.
Anne Hidalgo se dit "prête" à l'accueillir à Paris, rappelant que la Mairie de Paris avait, en 2014, attribué à Asia Bibi la citoyenneté d'honneur "pour contribuer à la protéger". "Maintenant qu'elle est acquittée, je suis prête à l'accueillir à Paris [...] et l'accompagner elle et les membres de sa famille pour qu'ils puissent s'intégrer durablement en France", a déclaré Anne Hidalgo en marge d'un déplacement à Lille, où elle assistait à l'Assemblée générale des maires francophones.
"La France a le devoir de lui venir en aide, ainsi qu'à sa famille, en intervenant auprès du Pakistan pour qu'il l'autorise à se réfugier dans un autre pays, où elle sera en sécurité et où elle pourra pratiquer sa religion chrétienne en toute liberté." "Sa situation reste particulièrement précaire, puisqu'elle est toujours emprisonnée et qu'elle et ses proches font l'objet de très nombreuses menaces de mort. [...] Il y a urgence."
"Il en va de notre conception de la civilisation"
De son côté, Laurent Wauquiez a appelé Emmanuel Macron à "tout mettre en œuvre pour sauver la vie" d'Asia Bibi "et faire en sorte que cette chrétienne "puisse être accueillie et protégée par la France". "La parole de la France ne peut pas rester silencieuse", a-t-il exhorté.
"Il en va de la vie d'une femme, mais il en va aussi de notre conception de la civilisation face à la barbarie islamiste."
Le sort d'Asia Bibi, condamnée à mort en 2010 pour blasphème, reste incertain après le dépôt d'un recours contre son acquittement. La libération de cette chrétienne aurait dû avoir lieu après que la Cour suprême du Pakistan a décidé la semaine dernière son acquittement.

lundi 5 novembre 2018

Les juges des enfants de Bobigny alertent sur la "forte dégradation" de la justice pour mineurs

 "Juges des mineurs délinquants, nous sommes, aussi, juges des mineurs en danger", disent-ils. 

https://www.nouvelobs.com/justice/20181105.OBS4874/les-juges-des-enfants-de-bobigny-alertent-sur-la-forte-degradation-de-la-justice-pour-mineurs.htmlL'OBS 5 novembre 2018
Dans une tribune publiée sur le site du "Monde" et de France-Inter, les juges des enfants du tribunal de grande instance de Bobigny alertent sur la "forte dégradation des dispositifs de protection de l'enfance en Seine-Saint-Denis." 
Signée notamment par le président du tribunal pour enfant, Thierry Baranger, la tribune se veut une "alerte", un "appel au secours". "Juges des mineurs délinquants, nous sommes, aussi, juges des mineurs en danger", disent-ils.
Ils pointent des délais de prise en charge "inacceptables" des mesures d'assistances éducatives lors de séparation avec la famille, exercées pour la plupart par le secteur associatif habilité. "Il s'écoule jusqu'à dix-huit mois entre l'audience au cours de laquelle la décision est prononcée par le juge pour enfants et l'affectation du suivi à un éducateur", assurent-ils. En cause : "Un manque flagrant de personnel, lié aux restrictions budgétaires, dans un contexte où la dégradation des conditions de travail éducatif et social en Seine-Saint-Denis rend plus difficiles les recrutements." 
Ils dénoncent également le sous-effectif des éducateurs du Conseil départemental qui ne parviennent plus à assurer correctement leurs missions, parmi lesquelles, essentielles, d'accompagner des enfants placés et de leurs familles, de prendre en charge des traumatismes, d'évaluer des situations signalées par les écoles et les assistantes sociales. 
"Le repérage et l'analyse des dangers auxquels sont confrontés les enfants du département deviennent de plus en plus difficiles. En Seine-Saint-Denis, des mineurs en détresse ne peuvent ainsi plus recevoir l'aide dont ils ont besoin, faute de moyens financiers alloués à la protection de l'enfance par le Conseil départemental, tributaire en partie des dotations de l’État."



mardi 30 octobre 2018

Brésil : Le Président Jair Bolsonaro contre le pédagogue Paulo Freire

Questions de classe(s) - Posté le 29 octobre 2018 par Irène Pereira

https://www.questionsdeclasses.org/?Bresil-Le-President-Jair-Bolsonaro-contre-le-pedagogue-Paulo-FreireLe candidat d’extrême droite Jair Bolsonaro vient d’être élu au Brésil. Il a annoncé son objectif éducatif : extirper la philosophie de Paulo Freire des écoles .
Paulo Freire : un symbole insupportable aux régimes autoritaires
En 1964, un régime militaire, suite à un coup d’État, prend le pouvoir au Brésil. Il arrête les opposants. Dans les premières cibles figurent le pédagogue brésilien Paulo Freire. Il est arrêté trois mois et torturé. Il est ensuite expulsé de force et ne pourra revenir dans son pays qu’à l’issue d’un exil de 15 ans. Son œuvre est interdite au Brésil. Il est accusé d’endoctrinement marxiste. Jair Bolsonaro durant sa campagne présidentiel n’a pas hésité à magnifier cette époque où le régime au pouvoir s’en prenait aux opposants. Il a ainsi déclaré par exemple : "L’erreur de la dictature a été de torturer sans tuer." (Radio Jovem Pan, juin 2016).
L’école sans parti : un mouvement réactionnaire contre les études de genre et Paulo Freire
La critique contre l’œuvre de Paulo Freire ces dernières années a été portée au Brésil par un mouvement conservateur : l’Ecole sans parti. Son objectif : faire interdire aux enseignants des références aux études de genre et à l’œuvre de Paulo Freire, le pédagogue décédé en 1997.
Lors d’un déplacement au Brésil en novembre 2017, la philosophe Judith Butler, figure très connue des études de genre, a été prise à partie par une foule déchaînée et brûlée en effigie comme une sorcière.
Ceux qui défendent l’œuvre de Paulo Freire rappellent qu’il a été prix de la Paix de l’Unesco en 1986 et docteur honoris causa de 28 universités dans le monde. Son livre Pédagogie des opprimés est traduit dans plus de 20 langues. Il fait partie des 100 auteurs les plus cités dans les université américaines. Il est le troisième auteur le plus cité dans le monde dans le domaine des sciences humaines et sociales pour son ouvrage : Pédagogie des opprimés (selon une étude de 2016). Ce qui est fait de Paulo Freire, sans aucun doute, l’universitaire brésilien le plus reconnu dans le monde.

dimanche 28 octobre 2018

Réforme de la justice : les principes et garanties fondamentaux malmenés

Communiqué LDH - 23 octobre 2018
Alors même que la loi du 18 novembre 2016 de modernisation de la justice du XXIe siècle n’a été l’objet d’aucune évaluation, le gouvernement a initié une réforme de la justice qui, sous prétexte de rationalisation, de simplification et d’accélération des procédures, remet en cause les principes et garanties fondamentales nécessaires à l’existence d’une bonne justice dans une société démocratique.
C’est une véritable dévalorisation de la justice civile qui est initiée. Sous couvert d’une généralisation des modes amiables de règlement des litiges, le projet de loi officialise le recours à des services privés et payants en ligne de conciliation, de médiation et d’arbitrage, proposés à l’aide d’un traitement algorithmique. A l’évitement du juge s’ajoute son éloignement vis-à-vis du justiciable. Le risque de rendre purement théorique le droit à un recours est ici favorisé par la suppression ou la réduction des compétences de juridictions de proximité ou le traitement d’affaires sans audiences.
C’est aussi une véritable atteinte aux droits et libertés des citoyens que propose ce projet de loi. La procédure pénale qui, aux termes de l’article préliminaire du Code de procédure pénale, doit être « équitable et contradictoire et préserver l’équilibre des droits des parties », est l’objet d’une attaque généralisée. Les pouvoirs des officiers et agents de police judiciaire seraient considérablement renforcés au stade des enquêtes préliminaires et de flagrance, voire au cours de l’instruction. La police, sous l’autorité d’un parquet non indépendant et partie poursuivante, deviendrait de fait un organe instructeur et le pivot de la procédure pénale. Des moyens intrusifs (interception, enregistrement et transcription des correspondances émises par voie de communications électroniques, géolocalisation, sonorisation, IMSI-catcher, captation d’images et de données informatiques), réservés aujourd’hui à la lutte contre le terrorisme et à la criminalité organisée, se verraient étendus à tout crime et même à tout délit puni d’au moins trois ans d’emprisonnement, soit à la quasi-totalité des délits. L’audience pénale, déjà malmenée par les comparutions immédiates, serait encore plus dénaturée avec l’institution d’une comparution immédiate « différée », la multiplication du recours aux ordonnances pénales, l’extension des pouvoirs du procureur de la République en matière de composition pénale, où il est juge et partie, une collégialité réduite avec l’extension des audiences à juge unique et une oralité des débats altérée avec l’instauration d’un tribunal criminel départemental sans jury populaire, contournant et marginalisant la cour d’assises.

dimanche 21 octobre 2018

Contre le soupçon, un Parquet indépendant et des procédures contradictoires garanties

Communiqué LDH
Les perquisitions intervenues, à l’initiative du Parquet, chez Jean-Luc Mélenchon et aux sièges du Parti de Gauche et de la France Insoumise, illustrent la difficulté pour la justice d’être crédible quand elle mène des investigations dans le monde politique.
Les responsables politiques et les partis ne sont pas au-dessus des lois et, dès lors, les critiques des intéressés, entendues à chaque fois que l’autorité judiciaire intervient dans des affaires les concernant, sont déplacées et ne respectent pas la séparation des pouvoirs. Mais ces réactions sont rendues possibles, d’une part par le refus répété depuis des décennies de reconnaître l’indépendance du Parquet et, d’autre part, par l’extension quasi indéfinie des pouvoirs de celui-ci sans réelles garanties procédurales.
La prochaine réforme de la procédure pénale va encore aggraver la situation alors que le projet de réforme de la Constitution, s’il se poursuit, ne va pas permettre de rompre le lien entre le pouvoir politique et le Parquet.
La LDH déplore une situation qui voit l’indépendance de l’autorité judiciaire méconnue et les libertés individuelles réduites. C’est, au final, le fonctionnement démocratique des institutions qui est atteint.
A Paris, le 17 octobre 2018